spidercrotteOublions la trilogie de Sam Raimi. Oublions aussi qu'à la base, 'Spider-Man' est un comic book, et que cette suite du reboot le respecte encore moins que son prédécesseur. Prenons-le pour une création originale. Aucun comparatif possible. Il ne nous reste donc plus qu'à le juger pour ce qu'il est. C'est-à-dire pas grand-chose.
Pourtant, Marc Webb parvient à faire illusion l'espace de quelques minutes. Pas sur sa scène d'intro où il nous raconte la fameuse "untold story" promise dans le premier film (on l'attend toujours), et sans aucun intérêt. Non, la première scène où Spider-Man apparaît, se lançant à la poursuite d'un fourgon pourchassé par la police. L'espace d'une séquence de voltiges, on se prend à y croire. "Et si c'était bien ?" Malheureusement, l'illusion ne fait pas long feu: dès lors que Spidey se met à faire le guignol, ça ne fonctionne plus. Jusqu'à ce qu'on découvre que le thème de Spider-Man est sa sonnerie de portable, qu'il siffle ce même thème pour foutre son ennemi en slip au milieu de la rue... Ah, l'humour ! Qu'il doit être bien d'avoir encore 5 ans dans sa tête pour apprécier ce genre de chose.
À partir de là, plus rien ne va.

Prenons les faits dans le désordre :
- Peter Parker est un petit con arrogant. Il débarque à la remise de diplôme, roule un patin à sa copine sur scène devant tout le monde, fait un high five à son prof, et fait encore plus le guignol. Si quelqu'un peut m'expliquer où est Peter Parker là-dedans, je suis preneur, car là, je ne parviens pas à distinguer un centième de sa personnalité.
- Harry Osborn est intégré au récit. Il revient après avoir quitté New York il y a dix ans, va voir son père mourrant (c'était bien la peine d'engager un acteur génial comme Chris Cooper pour 5 minutes à l'écran...), et celui-ci lui apprend qu'il est également atteint de cette même maladie. Et comme de bien entendu, dès le lendemain, les premiers symptômes font leur apparition. La logique.
- Max Dillon, futur Electro. Difficile de dire ce qu'ils ont voulu faire avec lui (le "jeu" de Jamie Foxx n'aidant pas non plus à la compréhension). Une caricature de geek, j'imagine. Après tout, ils ont fait de Peter Park un hipster à la con, ça montre bien le respect qu'ils ont pour nous. Du coup, on se retrouve avec un personnage ridicule au possible, parfaitement crétin, qui se parle à lui-même, et qui vit dans sa petite bulle. Cela n'a aucun sens, mais au point où l'on en est, on ne va pas trop leur en demander. Ce qu'on veut c'est Electro après tout.

En fait, je pourrais continuer de lister point par point chaque personnage où intrigue en pointant du doigt ce qui ne fonctionne pas, mais ça n'en finirait pas. D'ailleurs, il est intéressant de noter que chaque problème du film nous amène sur un autre problème !
Je parlais d'humour tout à l'heure. Le problème n'est pas que Spidey fasse des blagues, c'est ainsi dans le comics. Non, le problème, c'est le niveau de l'humour. On est à la limite du stand up, sauf que ça n'est jamais drôle. On n'est pas face à Louis C.K. mais plutôt Jamel ou Gad, et ce qui devait être une simple punchline se transforme vite en pur moment de bouffonnerie grotesque. C'est juste lourd et forcé, donc désagréable.

L'autre gros souci, c'est qu'on est venu voir un film de super-héros, mais qu'il n'y a aucune forme d'héroïsme. Le film dure quand même 2h20 ! Alors oui, le film contient bien quelques séquences de voltige assez réjouissantes, mais tout comme les séquences d'action, elles sont beaucoup trop courtes, et gâchées par des ralentis mal sentis. Soyons clair : la première apparition d'Electro arrive après plus de 50 minutes de film. Il n'y aura pas d'affrontement à proprement parler, et le tout sera réglé très rapidement, envoyant ainsi Electro en prison/hôpital psychiatrique pendant une heure suite à quoi il s'évadera (dans une séquence hautement ridicule, sponsorisée par les fabricants de tasers. Arrivera alors l'affrontement final avec Spider-Man qui dure moins de 5 minutes pour voir arriver le Bouffon Vert pour même pas 3 minutes !
Alors déjà que ça fait très peu d'action, en plus de ça, on a droit à une publicité mensongère vendant l'alliance des ennemis de Spider-Man, mais ça n'arrive jamais car le Rhino, 3ème méchant du film, n'arrivera que sur les trois dernières minutes du film, sous forme de cliffhanger pour annoncer la suite, nous amenant ainsi sur le problème suivant !

'The Amazing Spider-Man 2' n'est pas pensé en tant que film, mais en tant que franchise. Et je ne parle même pas du fameux "univers étendu" qu'ils veulent exploiter. Le but du film est d'amener sa suite, tout comme celui de son prédécesseur était d'introduire celui-ci. Derrière le marketing, il n'y a plus de cinéma sous aucune forme, et cela se ressent à tous les niveaux.
Prenons l'exemple des méchants : le Lézard dans le précédent film, et Electro dans celui-ci. Tous deux viennent du même endroit, à savoir Oscorp. Le Bouffon Vert sera mis de côté puisque, pour le coup, il est logique qu'il soit apparenté à la firme. Mais les Sinister Six annoncés, eux aussi viennent d'Oscorp ! En clair, on a 8 ennemis de Spider-Man, et tous ont les mêmes origines. Sans compter que Spider-Man lui-même est le résultat des recherches d'Oscorp !
Et comme si ça ne suffisait pas, le personnage de Gwen Stacy travaille à Oscorp, et 'The Amazing Spider-Man 2' introduit Felicia Hardy qui... travaille chez Oscorp ! Non seulement son personnage ne sert à rien dans le film (à part annoncer l'arrivée prochaine de la Chatte Noire j'imagine, sans quoi on est en plein hors-sujet), mais elle n'a absolument rien à faire là !
Les mecs, ils ont une idée, et ils s'y tiennent ! Ils veulent tout relier à Oscrop, mais ça ne sert à rien, et pire, ça n'a pas de sens ! Ils ont un univers plus que vaste à explorer, mais ils n'en ont tellement rien à faire des comics qu'on en vient à se demander pourquoi ils font ces films (l'argent, je sais). Marc Webb a avoué à la télé (face à une caméra !!!) qu'il ignorait pourquoi on l'avait appelé pour s'occuper du reboot. Si c'est pas un aveu de renoncement, qu'est-ce que c'est ?

Pour résumer tout ce qui ne va pas dans le film, c'est au final aussi simple que ça : ce reboot fonctionne comme une sorte de renoncement absolu. Même concernant Electro : si Max Dillon ne faisait aucun sens, ils ont continué dans cette logique avec ses pouvoirs. Ils sont totalement aléatoires, et il est impossible de les définir correctement. C'est quand même pas difficile de se tenir à un plan simple (ceci n'est pas une référence à Sam Raimi) quand même ? Et je n'évoque même pas la raison qui poussera Electro à passer dans le camp des méchants.
Allez, si, c'est tellement risible : il veut devenir l'ami de Spider-Man, mais Spidey l'a oublié parce qu'il ne l'a vu que trente secondes après l'avoir sauvé quelques jours plus tôt... Et c'est ça qui est considéré comme "un grand film de super-héros" par, malheureusement, des adultes !

À la limite, on pourrait sauver le film en se disant que Marc Webb veut s'intéresser à l'humain plus qu'au reste, mais là aussi il échoue lamentablement. Il suffit de voir la manière dont Harry Osborn, futur Bouffon Vert, est introduit pour s'en convaincre. Dès le départ, son personnage est assez antipathique, donc le voir passer au statut de méchant ne crée aucune affecte. Pire : on ne croit jamais en la relation Peter/Harry, et ce pour la raison très simple qu'ils n'ont que trois scènes ensemble ! Il ne suffit pas de faire dire à un personnage "c'est mon meilleur ami" pour que le spectateur y croie (sans compter que si t'as pas parlé à un type depuis 10 ans, c'est tout sauf ton meilleur ami). Il faut développer cette relation, pour ainsi, au moment du basculement, ressentir une quelconque émotion.
J'avais promis que je ne ferais pas de comparaison avec les films de Raimi, mais pour développer mon point, je me dois de manquer à ma règle l'espace d'un instant : le personnage d'Harry Osborn est développé sur deux films avant de devenir le Bouffon Vert, et l'un de ses films est en partie centré sur ce basculement. Raimi crée une relation entre Peter et Harry. Ils sont amis. Ce ne sont pas que des mots prononcés pour donner un fait au spectateur. Du coup, les voir se déchirer crée une émotion, chose que ne peut pas réussir à faire Webb.

Faisons preuve de bonne foi en revenant à nouveau sur Sam Raimi : je ne suis pas un fan de Mary Jane dans sa trilogie. Je trouve que le personnage n'est pas des mieux écrit, et j'a même tendance, par moment, à la trouver carrément égoïste, et de ce fait un peu antipathique pour pas mal de raisons que je ne vais pas développer ici car ce n'est pas le propos. Sachez juste que je ne suis pas très fan. Bref. Son personnage n'en reste pas moins utile et cohérent par rapport au récit, là où Gwen Stacy est un énorme point d'interrogation. Toute la relation construite sur les deux premiers films de Raimi fait sens : il est amoureux d'elle, elle n'a d'yeux que pour Spider-Man, puis après avoir appris à connaître Peter Parker, elle en tombe amoureuse... et à lui de la rejeter parce que "de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités". C'est la base de 'Spider-Man', et ça n'apparaît jamais dans le reboot. À la place, Peter oublie le meurtrier de son oncle, et profite de ses pouvoirs pour draguer celle qu'il aime, lui révélant aussitôt qui il est. Et lorsque l'on pourrait enfin tutoyer le drame, à savoir la promesse faite au père de Gwen avant qu'il ne meure, Webb balaie ça d'un revers de la main pas moins de 5 minutes plus tard.

Les rares choses que Marc Webb parvient à construire, il les démolit aussitôt... pour mieux les ramener sur le film suivant ! Mais encore une fois, tout ça est très mal fichu. Exemple concret avec Denis Leary (Capitaine Stacy, père de Gwen) qui revient ici sous forme fantomatique pour rappeler la fameuse promesse non tenue à Peter. En fait, ces apparitions sont symptomatiques de ce qui ne va pas dans le film puisqu'elles ne font que confirmer, après 10 minutes à peine, la manière dont celui-ci se conclura (et que tout lecteur de comics avait déjà grillée dès le tournage du film). Et comme si ça ne suffisait pas, Stacy Senior nous rejoue le Obi-Wan du pauvre sur la toute fin du film pour bien souligner ce qu'il va se passer ! À force d'appuyer le trait, il est impossible de créer la surprise, même si cette fameuse scène reste la meilleure du film. Peut-être parce que, justement, je l'attendais au tournant, et que le fait de voir Andrew Garfield arrêter de jouer les tocards tête à claque m'a enfin permis de commencer à apprécier la chose. Malheureusement, encore une fois, Webb foire tout ! Le seul moment d'émotion du film est totalement annihilé par ce qui suit, puisque tout est mis en place dans l'unique but d'annoncer la suite.

Le truc le plus frappant dans ce reboot, c'est que Webb construit pas mal de séquences comme s'il faisait une nouvelle comédie romantique indé, et qu'il est obligé de broder autour avec cette histoire de super-héros. Donc la vraie question qu'on se pose à la vision de ces deux effroyables 'Amazing Spider-Man' (qui n'ont d'amazing que le titre), c'est pourquoi avoir fait faux-bond à la FOX pour venir faire ça ? '(500) Days of Summer', loin d'être génial ou recommandable, s'avère regardable voir même sympathique par instant. Ici, Webb se pose en yes man qui se contente de raconter les conneries imposées par Avi Arad et les autres.
Rappelons quand même que la moitié de ce qu'on pouvait voir dans les trailers du premier film n'étaient pas dans le film en question (la fameuse untold story), et que ce coup-ci, Mary Jane était intégrée au scénario, et ils ont tourné ses scènes... pour au final, tout couper au montage et virer l'actrice pour en prendre une autre dans le prochain film ! Ça montre quand même bien le degré de respect qu'ils ont pour ce qu'ils sont en train de faire...

Mais le plus dingue dans tout ça, c'est qu'on peut encore réparer les pots cassés (toi aussi, introduis ton expression de grand-mère dans tes critiques) : il suffit d'utiliser la mort de Gwen (j'avais évité le spoiler et là, patatras !) pour redéfinir le personnage de Peter, et se débarrasser du gros con arrogant qu'ils ont dépeint, et en faire le vrai Peter Parker du comics (car trahir l'histoire, c'est une chose, trahir l'esprit en est une autre). Une idée simple, même évidente, mais qui ne sera certainement pas utilisée. C'est tellement mieux de brasser du vide pendant 2h, et de foutre des ralentis pour faire super cool plutôt que de travailler un minimum ses personnages !
'The Amazing Spider-Man 3', à moins d'un miracle, sera donc du même niveau, mais si Webb s'en va vraiment après comme il l'a promis, peut-être peut-on reprendre espoir, et croire qu'un vrai réalisateur tentera de sauver les meubles, et essayer (je dis bien essayer – ce serait déjà une performance en soi) de faire un minimum de cinéma. En attendant, il faudra se contenter de scénarios insipides voir carrément crétins, de dialogues ineptes, d'acteurs très peu inspirés (pourtant, beaucoup d'entre eux sont excellents en temps normal), et d'un je-m'en-foutisme à toute épreuve. C'est aussi ça qu'on appelle Hollywood.

"With great power comes great responsability."
And with a shitload of money comes fuck you I'll do whatever I want.