GuardiansoftheGalaxyDepuis "Iron Man" en 2008, il est difficile de ne pas avoir compris le fonctionnement de Marvel Studios et, de ce fait, de Kevin Feige. Du coup, dans le public, il y a trois catégories :
- La première est composée d'une horde de fanboys limite hardcore qui se refusent à la moindre critique, et considèrent les films du MCU (Marvel Cinematic Universe) comme étant le summum du genre super-héroïque.
- La deuxième est celle du hater de base. Si le nom de Feige apparaît au générique, c'est forcément de la merde. Il tortillera du cul à l'annonce d'un réalisateur qui lui plait (Shane Black, ou la débâcle Edgar Wright), mais reviendra vite dans le droit chemin à la vue du produit final, quitte à user de mauvaise foi.
- La troisième consiste à rester le plus ouvert possible. Marvel Studios est capable du meilleur (enfin, on se comprend) comme du pire. Mais pour cela, il faut rester cohérent avec ce que propose le studio depuis 6 ans maintenant, et à travers 10 films ! Non, Marvel Studios ne livrera jamais une œuvre comme "The Dark Knight" de Christopher Nolan, pour la simple et bonne (?) raison que ce n'est pas ce qui les motive.

Marvel Studios fait du divertissement, du film pop corn. En l'acceptant, on peut ainsi se retrouver face à de petits miracles tels "Captain America: The Winter Soldier". S'il n'invente rien, tant dans la forme que dans le fond, il se pose comme le film le plus intelligent du studio, osant sortir des sentiers battus. Thriller sur fond de complot comme on les aimait dans les années 70, il parvient à faire coexister les deux genres. L'œuvre n'est pas parfaite, mais elle est maîtrisée.

En fait, si je n'ai qu'un conseil à donner aux détracteurs de Marvel, c'est qu'il est grand temps d'arrêter de regarder les films du MCU. Nous en sommes au 10ème, et "Avengers: Age of Ultron" sera le 11ème (Duh !). Car ici, la chose à bien comprendre, c'est que Marvel a besoin de réalisateurs malléables pour traduire sa vision, et en aucun cas celle du réalisateur (qui peut toutefois marquer l'œuvre de sa patte, c'est le cas de "Iron Man 3", film bâtard entre du pur Shane Black et du pur Kevin Feige). D'où la débâcle Edgar Wright ! Dans cette logique, celle-ci fait sens. D'ailleurs, les spots publicitaires qui passent à la télé avant la sortie des films ne font que prouver ce fait : elles annoncent le film, suivi de "de Marvel". Jamais le nom du réalisateur. Marvel est une marque, et cette marque compte plus que le reste (sur l'affiche, lisez donc l'accroche sous le titre…). Alors peut-être devriez-vous tout simplement penser à ne plus payer de ticket. Car il y a bien une chose qui est sûre : ce n'est pas avec "Les Gardiens de la Galaxie" que les choses vont changer !

Il n'y a pas de mensonges dans la bande-annonce du film. Ce que tu y vois est ce que tu auras. James Gunn livre un space opera fun et décomplexé qui ne cherche jamais à paraître plus intelligent qu'il ne l'est. C'est là qu'il est fort le con : il crée un film parfaitement rythmé où les séquences s'enchaînent sans temps mort, les péripéties avec, et construit son équipe de manière cohérente, ce que Joss Whedon n’a pas réussi à faire avec son "Avengers". En fait, cela fait penser au "Star Trek" de JJ Abrams qui, lui aussi, était parvenu à monter l'équipe de l'Enterprise avec un naturel et une simplicité qui forcent le respect. Mais surtout, les deux réalisateurs font vivre leur équipe en symbiose. On croit en eux.

Il y a un vrai parallèle à faire avec le "Star Trek" d'Abrams : les deux films ne sont pas des chefs-d'œuvre de mise en scène, et ne prétendent jamais l'être. Ils se veulent être des films de divertissement, purement et simplement (ce qui n'est pas honteux en soi), et n'ont d'autre prétention. Des films qui n'ont pas besoin d'être intelligents (c'est le mot d'ordre aujourd'hui lorsqu'on évoque un blockbuster) pour plaire, mais qui sont pensés par des gens qui le sont suffisamment pour considérer que le spectateur l'est tout autant qu'eux. Ainsi, jamais nous ne sommes pris pour des cons (coucou "Iron Man 2"). C'est une chose importante, et même primordiale. Et ici, comme chez Abrams, cette leçon a été retenue.

Alors c'est sûr, tout n'est pas toujours du meilleur goût, que ce soit dans l'humour (qui peut parfois tomber à plat, quand il n'est pas tout simplement à côté de la plaque), et la production design qui suit ce pas, allant du formidable au regrettable. Il en va de même pour les personnages en CGI. Si Rocket et Groot sont superbes (ce qui est logique vu leur importance dans le récit), les autres apparaissent très vite moins perfectionnés, Thanos et sa courte apparition en tête (en somme, comme sa première apparition à la fin de "The Avengers", mais on imagine sans mal qu'ils vont prendre plus de temps pour s'occuper de lui par la suite, étant le méchant de "Avengers 3").

On regrettera également un background trop peu fouillé pour les personnages (seul Star Lord – formidable Chris Pratt ("Parks and Recreation") dont le choix pouvait étonner, mais fait sens lorsque l'on voit le film – est développé et connaît une véritablement évolution), et un méchant, Ronan, assez raté.
On regrettera enfin le manque de confiance de James Gunn envers ses personnages, son récit, et peut-être aussi lui-même. Le réalisateur se sent obligé de faire répéter à ses Gardiens qu'ils sont amis, comme pour bien appuyer le trait, alors que nous n'avions pas besoin de cela. Cette amitié passe à l'écran, par l'alchimie des acteurs (oui, même entre un acteur et un personnage en CGI !), et le plaisir qu'ils prennent à incarner ces personnages.

Mais malgré toutes ces petites choses, ça marche. La sauce prend, et le film de Gunn s'avère jouissif au possible. On s'attache aux personnages, et on en redemande ! Et le plus amusant dans tout ça, c'est probablement le nom qu'attribuent les détracteurs du film au groupe. Ils deviennent "Les débiles de la Galaxie". Le problème est que cette attaque ne peut pas en être une puisque, en effet, c'est bel et bien de ça dont il s'agit. Une bande de crétins qui sauve le monde, et l'univers. C'est ce qu'on est venu voir, et c'est ce qu'on a eu.

P.-S. Comme à son habitude, Marvel Studios livre une scène post-générique (communément appelée "stinger"). Cette fois-ci, même si elle ne déroge pas à la règle (c'est totalement inintéressant, n'allez pas croire le contraire), elle s'avère être utile. Car ce stinger nous rappelle qu'il faut sérieusement que les gens envisagent de réviser leurs classiques. En effet, j'étais le seul dans la salle à avoir la référence. J'ai eu mal à ma culture cinématographique. Il faut réhabiliter ce personnage (et le film qui lui a été consacré) au plus vite !