dawn_of_apes_teaser_posterAndy Serkis, le film

Il y a deux manières d'évoquer "Dawn of the Planet of the Apes" (ou "La planète des singes: l'affrontement" en VF, qu'on oublie directement pour l'appeler "Dawn of the Apes" à partir de maintenant) : la première est de prendre le film tel qu'il est, dans son scénario et sa mise en scène. Hélas, il n'y aura pas grand-chose à en dire. Non pas que ce soit mauvais, loin de là, mais son histoire somme toute banale et manquant cruellement d'enjeu (à moins que voir des mecs travailler dans un barrage pour récupérer de l'électricité vous mette en transe, c'est juste un affrontement hommes/singes comme l'indique le titre français), n'est jamais transcendée par une mise en scène qui, si elle reste très agréable, n'arrive jamais à nous émerveiller.
La deuxième est en réalité la bonne manière de l'évoquer. À travers une technique, et un acteur pionnier du genre : la performance capture, et Andy Serkis. Ainsi, un film banal, pas désagréable, mais sans génie, se voit transcendé par une technique, et par un acteur tellement investi par ce qu'il fait qu'il donne littéralement son cœur et son âme au projet.

Alors oui, soyons directement très clairs : le fameux chef-d'œuvre vendu par beaucoup n'existe pas ! On en est très loin. Pourtant, durant son premier quart d'heure, Reeves nous le promet. Et on y croit, car ces premières quinze minutes reflètent tout ce qu'aurait dû être le film : une œuvre avec un point de vue unique, à savoir celui des singes.
Pendant un quart d'heure, nous suivons ceux-ci, le tout sans aucun dialogue, et c'est tout ce dont on aura besoin pour réaliser que le travail fourni sur "Rise of the Planet of the Apes" va être transcendé sur celui-ci. Outre le travail des acteurs qui est époustouflant de réalisme (Andy Serkis n'a plus rien à prouver, mais il continue de nous épater, et de son côté, Toby Kebbell incarne un Koba touchant, et se pose comme étant la surprise du film), les singes sont là, ils sont vrais, et tous (du moins les principaux) identifiables en un coup d'œil ! D'ailleurs, à ce sujet, il suffit aux acteurs d'un simple regard et non de dialogues pour se faire comprendre. La technique évolue à une vitesse incroyable, surtout lorsque l'on pense que les yeux étaient, il y a quelques années à peine, la plus grosse problématique de la performance capture.

Malheureusement, ce point de vue unique n'existe pas. Car après ce premier quart d'heure, "Dawn of the Apes" rejoint les hommes. Et si le casting est bon (Jason Clarke en tête), ce que raconte Reeves n'a rien de bien inédit, sans compter que les enjeux n'ont pas grande importance puisque l'on sait vers quoi on se dirige (à moins que le troisième film ne vienne changer la donne ?).
C'est en réalité lorsque les hommes se retrouvent face aux singes que l'histoire redevient intéressante. Suivre les interactions entre les personnages "live" et ceux issus du cinéma virtuel est et restera à tout jamais fabuleux. Que ce soit dans les moments intimes (la famille s'installant avec les singes donne lieu à quelques jolis moments), ou le fameux affrontement final où le film s'envole enfin pour saisir le spectateur.

Et n'oublions surtout pas de mentionner le grand Michael Giacchino, livrant une magnifique partition comme à son habitude (probablement le soundtrack de l'année). Il continue, avec la performance capture, à hisser le film au rang de captivant en livrant des sonorités que l'on n'avait plus entendues depuis "Lost", mais sans jamais se contenter d'un simple copié/collé. Il participe à créer l'émotion, et le fait avec génie et simplicité. Difficile maintenant de dissocier Ceasar de cette envolée lyrique qui clôt le film. On regrettera toutefois un plan final trop basique, sans grande idée. Le moment pour Matt Reeves de nous rappeler que c'est avant tout Andy Serkis qui porte le film.

En fait, on peut tout résumer très simplement : celui qui aime "Rise of the Apes" va adorer "Dawn of the Apes". Par contre, celui qui ne l'aime pas, ou qui est neutre (ce qui est mon cas), ce sera tout de suite plus débattable. Mais quand les avancées technologiques permettent d'élever la qualité d'un film, comme un réalisateur peut transcender un scénario banal, c'est là qu'on se dit qu'on vit une époque formidable, et que pouvoir être témoin de ça fait de nous des privilégiés.
(Sortez vos violons les gars, je devais niais.)

Un petit bonus fort intéressant : dites-vous donc que cette année, nous aurons eu deux types de singes issus de la performance capture. Ceux bluffant de réalisme et tutoyant la perfection de "Dawn of the Apes", et ceux absolument dégueulasses du "Tarzan" (où tout est dégueulasse en fait) avec Kellan "Twilight" Lutz dans le rôle-titre. Une énième preuve que la performance capture est un outil brillant… dans les mains de gens compétents ! Car "Tarzan" semble daté au point qu'il fait passer "Le Pôle express" de Robert Zemeckis sorti il y a 10 ans (et premier film intégralement réalisé en performance capture) pour le "Tintin" de Steven Spielberg !
Passer, la même année, de l'un à l'autre, c'est comme passer d'un film de Fabien Onteniente à "Gravity" ! Et rien que pour ça, il semble important d'aller voir "Dawn of the Planet of the Apes".