expendables_three_ver18_xlgConnaissez-vous l'histoire de Sylvester Stallone qui, starifiée, commence à faire n'importe quoi, et enchaîne les bouses irregardables et indéfendables, même aux yeux de ses fans les plus psychotiques (oui, je parle – entre autres – de toi "Arrête ou ma mère va tirer !") ? Et bien cette histoire se répète. Ça s'appelle "Bullet to the Head", "Grudge Match" ou encore "Escape Plan". Et c'est très mauvais. Ceux-ci arrivent après un retour en grâce totalement inattendu de la part de Stallone. Et pourtant, il l'a fait. Envers et contre tous. Mais visiblement, le succès lui monte vite à la tête.
Après les retours en grâce de Rocky Balboa et John Rambo, c'est à un certain cinéma d'action que veut revenir Stallone. Grand bien lui fasse : même s'il est bancal, le premier "Expendables" avait le mérite d'aller au bout de son idée, et à Stallone de prouver qu'il était toujours au-dessus de toute la nouvelle génération d'action star. Puis arrive le premier signe de faiblesse : Stallone délègue !
S'il n'a jamais été un excellent réalisateur, Stallone a au moins le mérite d'être plus doué que Simon West ("Con Air", c'était en 1997. Depuis ? Bah voilà…), mais malgré le fait que "Expendables 2" souffre de ce gros problème de réalisation (on ne va pas se mentir, c'était quand même très moche), le film était mieux construit que son prédécesseur, et même plus fun ! Du coup, à l'annonce de l'arrivée de Patrick Hughes (l'excellent "Red Hill") à la réalisation de ce troisième opus, on pouvait espérer combiner les deux : un film jouissif et bien réalisé.
Alors qu'en est-il ? Et bien "Expendables 3" est définitivement le film le mieux shooté de la franchise. Mieux : c'est le film où apparaît Stallone le mieux shooté depuis son retour en grâce en 2006. Par contre, niveau fun et jouissance, on repassera !

Non, le concept "Expendables" n'est pas déjà à bout de souffle. C'est juste que ce troisième opus est tout sauf ce qu'est supposé être un "Expendables". À la base, il s'agit de réunir un casting poids lourd pour un baroud d'honneur, avec une jeune génération qui avait déjà fait ses preuves (donc pas des jeunes comme présentés dans cet opus). Un passage de relais en quelque sorte. L'autre point essentiel étant de faire un film d'action qui ne se prendrait jamais au sérieux, et où la violence et le sang n'auraient d'égal que le tour de bras de son casting. Pas spécialement compliqué à faire en somme.
Sauf que Stallone veut ratisser large. Très large. Il veut séduire un public qui n'est pas le sien. Un public friand de quelque chose qui ne ressemble pas à "Expendables". En clair, il tente une absurdité. Et pour ce faire, il livre un film PG-13 en lieu et place du R voulu. (Pour l'histoire, Chuck Norris voulait cette classification pour le 2ème opus, Stallone l'a refusé…) Pour expliquer ce choix, Stallone invoque l'excellence des films d'action qui se font aujourd'hui sous cette classification. Le bougre va jusqu'à citer… "Skyfall" ! En gros, c'est comme s'il comparait "Cobra" de George Cosmatos à "Heat" de Michal Mann. Une autre absurdité.
D'ordinaire, je ne demande pas des geysers de sang dans un film. Mais là, on parle d'un "Expendables". C'est le propre du projet ! S'il n'y a pas de tripes à l'écran pour accompagner l'improbabilité de la scène (et pour celui-ci, on parle d'un immeuble truffé de C4 qui se fait canarder de partout sans que jamais rien n'explose !), c'est peine perdue. Et du sang, vous n'en verrez jamais ! Il n'y en a pas une goutte dans ce "Expendables 3". Alors oui, Stallone promet une version R sinon Unrated pour le Blu Ray. Très bien. Mais dans ce cas, à quoi bon payer son ticket de cinéma ? Stallone ratisse large. Si large qu'il en a oublié son objectif principal : son public. Le vrai. Celui qui était là quand il était au fond du trou, celui qui voulait croire en lui malgré les déceptions accumulées.

Pour le reste, il n'y a pas grand-chose à dire. Pour tout dire, malgré ses 2h06 au compteur (putain quoi, Sly, t'as cru que t'avais une histoire à raconter ?), je ne peux pas dire que le film est particulièrement ennuyeux. Juste qu'il se déroule sous nos yeux sans qu'on ne s'y intéresse vraiment, et le pire, c'est qu'il le fait en se prenant très au sérieux. La première demi-heure crée l'illusion grâce au talent de Hughes, mais l'action est déjà garantie sans violence graphique, et surtout vite expédiée. Après ça, en dehors de deux ou trois blagues, c'est une histoire très premier degré qui nous est racontée. Et comme il n'y a pas de gerbe de sang ou autres explosions de corps pour nous faire rire, la chose devient très vite lourde.

Alors on pourrait se raccrocher au casting (qui se veut toujours plus grand), c'est vrai. Sauf que le film n'essaie même pas de le gérer, ni lui, ni son taux de présence à l'écran. Ici, c'est l'anarchie la plus totale. Le duo Stallone/Statham fonctionne toujours, mais seulement sur trois scènes. À côté, Terry Crews est là dans un laps de temps égal à celui de Jet Li dans le précédent volet, ce dernier ne rejoignant l'histoire que pour trois pauvres minutes à l'écran, dont deux pour subir des blagues sur sa taille – déjà éculée depuis le premier "Expendables" ! Arnold Schwarzenegger est un poil plus présent qu'auparavant, mais ses apparitions consistent à le voir fumer un cigare en tapant la causette avec Sly. Il faudra attendre la fin du film pour le voir (un peu) tâter de la gâchette – ce qui rappelle étrangement "Escape Plan" ! Quant à Harrison Ford, il est là pour remplacer au pied levé Bruce Willis, dégagé par Stallone pour avoir réclamé trop d'argent.

Mais bon, tout cela n'a que peu d'importance, puisque passée la première demi-heure, Stallone (qui se balade avec Kelsey Grammer pour ajouter un peu de classe au casting) part pendant 20 minutes (vingt putain de minutes !) faire du recrutement. Car les vieux, c'est sympa, mais ça sent la naphtaline. Du coup, on va chercher du côté de "Twilight" et autres pour faire genre. (Ratisser large, je disais.) C'est bien sympa d'inclure Ronda Rousey dans l'affaire, car elle est aussi jolie qu'elle sait donner des coups de tatane, mais niveau jeu d'acteur, c'est tout de suite une autre histoire. Ce qui est très embêtant pour un film, vous en conviendrez. Mais le pire dans les nouvelles recrues est bien entendu le vieux qui veut faire jeune, j'ai nommé Antonio Banderas ! Le moment le plus embarrassant du film via un cabotinage absolument insupportable.
Puis au milieu de tout ça flotte l'aura d'un acteur. Un vrai. Le genre qui n'a pas besoin de dialogue pour exister, car son charisme fait tout le boulot. Mel Gibson écrase tout le monde. Le problème ? Comme le reste : l'écriture ! Son personnage passe la majorité du temps à marcher, et à parler. Et c'est à peu près tout.

Bref. Il faudra 1 heure et 10 minutes au film de Patrick Hughes pour en arriver au point initial de "Expendables 2", là où il n'avait suffi que de 30 minutes à celui-ci. Ici, au lieu de tuer un membre de l'équipe, ce sont plusieurs membres qui se font kidnapper – les p'tits jeunes, évidemment ! C'était bien la peine de les ramener… –, ainsi on fait revenir les vieux, et après 1h30 (90 putain de minutes !), on peut enfin lancer ce pourquoi on est venu voir le film : de l'action !
Et si à ce point de la critique vous vous demandez pourquoi je n'évoque pas Dolph Lundgren, Randy Couture ou Wesley Snipes, c'est parce qu'ils font majoritairement de la figuration. En gros, il n'y a rien à dire puisque le film lui-même n'a rien dit sur eux. Du coup, vous savez quoi ? Pour faire cool, on va ramener Robert Davi à la surprise générale (oups, j'ai oublié le spoiler alert !), mais ça ne sert à rien, le mal est fait. Le casting s'agrandit de plus en plus, et on continue de titiller la fibre nostalgique, mais à ce niveau-là, ça ne sert malheureusement plus à rien.

Quoi qu'il en soit, nous y sommes : le fameux morceau de bravoure du film. 20 minutes à base de tanks et autre hélicoptère détruisant un immeuble avec nos Expendables à l'intérieur, suivi d'un face à face final Stallone/Gibson qui durera… moins de 2 minutes ! Comme si Stallone avait décidé d'aller au bout de sa logique de frustration. Car encore une fois, pas une goutte de sang ne sera déversée.
Alors certes, c'est plaisant à regarder, mais jamais jouissif. En fait, c'est lambda. Aussitôt vu, aussitôt oublié. Certes, les deux précédents volets ne volaient déjà pas très haut, mais au moins, ils permettaient au spectateur de ressortir de la salle le sourire aux lèvres. Ici, dès le générique de fin entamé, tout est déjà oublié.

C'est en fait la scène finale du film qui explique tout. Comme Stallone l'avait fait avec "Rocky 3", et son histoire de boxeur civilisé (allez revoir ma critique de la saga si vous avez oublié), inconsciemment, Stallone admet les choses : les jeunes recrues (évidemment sauvées !) retrouvent les anciens dans un bar, puis se lancent dans un karaoké sous le regard amusé de Stallone. Jason Statham, lui, est d'abord plus que perplexe. Puis voyant le léger sourire sur le visage de son ami, laisse apparaître le sien.
Stallone (las ?) nous présente donc l'avenir du cinéma d'action. Quelque chose d'aseptisé, pour plaire au plus grand nombre, avec de jolies belles gueules. Loin d'être ce que l'on a aimé en grandissant. Et il aurait été fort appréciable de laisser Neil Young en dehors de ça…

Stallone aurait dû le savoir : la jeune génération viendra à lui à travers l'ancienne. Nous qui avons grandi avec ses films passerons l'héritage à nos enfants, et les jeunes membres de nos familles. Nul besoin de se prostituer pour obtenir leurs faveurs, ça n'aidera pas.
Malheureusement, le mal est fait. On appelle ça un gâchis.