71Ua-c2jguLDe l'imaginaire à la réalité

Début décembre, je me suis retrouvé à l'hôpital. Rien de très grave, juste une pierre au rein. Mais je ne précisais pas les raisons m'ayant envoyé passer deux nuits dans un lit d'hôpital. J'ai alors tweeté à Mathias Malzieu que je me sentais un peu Tom Cloudman, en référence au héros d'un de ses précédents romans, 'Métamorphose en bord de ciel' (je ne cesserai jamais de dire ô combien ce titre est merveilleusement beau, mon préféré de l'auteur avec 'Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi'). Mathias m'a alors répondu, me souhaitant courage et bon rétablissement. Un mois plus tard, j'apprenais de quoi parlait son nouvel ouvrage, 'Journal d'un vampire en pyjama'. Et je me suis senti un peu bête.

Je démarrais mon billet sur son dernier roman (le génial 'Le plus petit baisé jamais recensé') par cette phrase : "Faites remarcher vos machines à rêves ! Le Malzieu nouveau est arrivé !" Au-delà du roman, je parlais surtout de mon amour pour cet artiste, que ce soit sur la scène musicale ou littéraire. Mais le fait est que je ne peux réutiliser cette accroche cette fois-ci. Le terme "journal" dans le titre est décisif. Ce n'est pas un roman. Ainsi, étrangement, 'Journal d'un vampire en pyjama' ne ressemble pas tant que cela à du Mathias Malzieu. Il y a son style, ses tournures de phrases, ses mots inventés, ses idées, son émerveillement… L'ADN de Mathias Malzieu est dans ce livre, il n'y a aucun doute. Et pourtant, c'est totalement différent. Pour le comprendre, il suffit d'écouter le titre 'Déguisé en moi' sur l'album de Dionysos tant il synthétise parfaitement le roman. Cette fois, c'est Mathias Malzieu. Pas une version romancée, ou sauvée de la réalité par l'imaginaire. Non, c'est Mathias Malzieu, le vrai. Le petit chanteur de poche (c'est comme ça que je l'appelle quand je me parle à moi-même) qui, tel Tom Hématome Cloudman, voit sa réalité basculée en apprenant qu'il souffre d'une maladie rare.

'Journal d'un vampire en pyjama" ne s'apparente à aucun autre de ses livres. Quoique… Si dans 'Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi', l'histoire vraie de la mort de sa mère, voit l'imaginaire venait réconforter un moment dur, comme pour sauver la réalité, 'La mécanique du cœur' et 'Métamorphose en bord de ciel', avaient pour eux l'imaginaire rattrapé par la réalité, comme une sorte de rappel : je me plais à m'inventer, et me réinventer, mais je n'en oublie pas pour autant que tout ne reste que fantaisie – rendant de ce fait la réalité encore plus dure et cruelle. 'Le plus petit baiser jamais recensé' faisait pareil, mais opérait un léger changement en revenant à la formule du premier roman, poussant cette fois-ci le curseur au maximum. Malzieu parle de lui, de choses très personnelles, mais en parvenant à créer une sorte de distance de manière à ce que ce qu'il écrit puisse ne ressembler à rien d'autre qu'une histoire complètement inventée à contrario du décès de sa mère. En somme, l'imaginaire dont je ne cesse de parler est une part importante dans l'œuvre de Mathias Malzieu (écoutez '45 tours', c'est une de mes chansons préférées du groupe, et l'idée, aussi simple soit-elle, est tout bonnement brillante de beauté). Il est, et à toujours été, une manière pour Malzieu de dompter la réalité, sans forcément l'effacer, ou la nier. Non, seulement essayer de trouver du beau dans du moche. Dans 'Journal d'un vampire en pyjama', comme 'La mécanique' et 'Métamorphose', c'est la réalité qui vient de frapper l'imaginaire. Et cette réalité est dure et cruelle.

'Journal d'un vampire en pyjama' se passe de tout imaginaire. Certes, il y a Dame Oclès qui prend corps pour accompagner Malzieu, comme Giant Jack l'avait fait avant elle, mais elle ne reste qu'une voix dans sa tête faisant son apparition dans les moments de doute ou de peur là où Jack le géant était réel. Ici, l'histoire est racontée telle qu'elle s'est passée (il y a déjà tellement de rebondissements que cela pourrait faire un épisode de 'House, MD' avec ce patient qui semble aller mieux pour en fait terminer encore plus mal). 'Journal d'un vampire en pyjama', c'est comme écouter 'Neige' sur plus de 200 pages. Mathias Malzieu se livre comme jamais. On sourit, on rit, on est ému. Comme dit précédemment, c'est du Malzieu, mais c'est aussi infiniment différent.

Le titre 'Déguisé en moi', ainsi que le roman, laisse entrevoir quelque chose de nouveau. Un Mathias Malzieu à nu, plus frontal. Comme le reste de l'album d'ailleurs (excellent 'Vampire en pyjama', probablement l'un des meilleurs albums du groupe, peut-être le meilleur (?), plus dénudé lui aussi, plus acoustique). Peut-être est-ce juste une impression, par rapport à l'histoire qui nous est contée, et que tout reviendra à la normale sur les prochaines œuvres, retrouvant la folie douce et l'imaginaire débridé de Malzieu. Quel que soit le futur, les deux options me plaisent. J'ai maintenant hâte de découvrir ces chansons sur scène, et penser : "j'ai juste pissé un petit caillou de 4 millimètres. Mathias Malzieu, lui, a tout liquidé pour changer de groupe sanguin."