leftoversJ'écris des critiques. Souvent. J'écris des billets d'humeur. Moins souvent. Puis, parfois, les deux se rejoignent. C'est rare, mais ça n'arrive que lorsque je me retrouve face à quelque chose de bien spécial. Une œuvre qui, généralement, touche un point sensible de ma vie, et s'adresse à moi directement à tel point que ses qualités intrinsèques n'ont plus d'importance. L'œuvre, aussi abscons soit-elle, prend tout son sens sous mes yeux. "The Leftovers", développé par Damon Lindelof et Tom Perrotta (auteur du roman d'origine) peut se targuer d'y être parvenue.

"The Leftovers" est une série particulière. C'est une série sous forme de point d'interrogation qui ne livrera jamais sa réponse. Ce point d'interrogation pose d'innombrables questions, et en voilà un exemple : es-tu capable de regarder une série que tu ne comprends pas, et ne comprendras jamais ? Es-tu capable de lâcher prise, et te laisser emporter par une histoire qui, de premier abord, semble n'avoir ni queue ni tête ?
En fait, c'est comme si Damon Lindelof avait développé une série entière autour de la fin de "Lost", et la frustration qu'elle a suscitée chez une partie du public, et cette impossibilité d'obtenir des réponses à chacune de ses questions. Ici, Lindelof pousse l'idée à son paroxysme en faisant une série qui tournera intégralement autour d'un mystère en précisant d'entrée de jeu que jamais celui-ci ne sera expliqué. Ou comment tendre le bâton pour se faire battre, et se voir affublé d'une prétendue prétention nauséabonde. Le truc, c'est qu'il n'en est rien. Comme "Lost" avant elle, "The Leftovers" est une série qui s'avère être une forme de métaphore de la vie. Et lorsque l'on questionne son sens, à la vie, quelle réponse peut-on apporter ? Certains prétendront avoir une idée de ce qu'est le sens de la vie, mais est-ce que la vérité d'un être est celle d'un autre ? Chacun vit sa vie comme il l'entend, et il ne sera jamais possible de mettre tout le monde d'accord sur quelque chose d'aussi grand que cette question. Le sens de la vie, c'est Dieu d'une certaine manière. Le croyant, l'agnostique, l'athée. La question n'est pas de savoir qui a raison quand au fond, tout ceci ne fait aucun sens. C'est de ça dont parle "The Leftovers".

Après "Lost", c'est la deuxième fois que Damon Lindelof touche du doigt quelque chose de sensible chez moi. Je ne vais pas vous cacher que je ne comprends pas grand-chose à la série. Je n'essaie pas. Du moins, je n'essaie plus. Je me laisse emporter par la chose. Un coup j'adore, un coup je décroche. Mais il y a une forme de fascination qui se crée tout au long de la première saison. Une fascination telle qu'on se sent obligé de revenir la semaine suivante alors même que l'on sait pertinemment que l'on n'y verra pas plus clair. Il m'aura fallu dix heures de programme pou m'en rendre compte, mais ça a fini par me sauter aux yeux. "The Leftovers" me fascine tant car elle parle de ma vie. Elle parle de moi.

Que raconte la série ? 2 % de la population mondiale disparaît subitement. Trois ans plus tard, les habitants de la petite ville de Mapleton reprennent le cours de leur vie en devant faire face à cet évènement dont ils ignorent tout. Ils tentent de réajuster leur vie pour aller de l'avant, mais ce chaos absolu causé par ces disparitions inexpliquées ne fait que les faire stagner. Certains veulent des réponses, d'autres veulent oublier.
C'est là que la série rejoint ma vie. Car cette envie de compléter les choses, de pouvoir mettre un point final à une chapitre de son existence, je la connais. Et comme les personnages de la série, au fil des mois et des années, tout ne cesse de prouver que jamais je n'y aurai droit, que je n'aurai d'autre choix que d'accepter les choses telles qu'elles sont sans jamais pouvoir clore quoi que ce soit. "The Leftovers" s'adresse à ces gens, à moi. Je suis un habitant de Mapleton, cherchant à comprendre pourquoi. Pourquoi un acte certes malheureux mais toutefois innocent me contraint, depuis trois ans (comme par hasard !) à l'exclusion ? Pourquoi telle ou telle personne décide de sortir de ma vie du jour au lendemain sans jamais donner de raison ? Des questions sans réponses. Une frustration constante sur laquelle je ne vais pas m'étendre, car comme pour chaque personnage de la série, celle-ci est personnelle. Chacun vit son malheur à sa façon.

Pour faire simple, ami lecteur, si tu veux savoir comment vont les choses dans ma tête, regarde "The Leftovers" car je suis Kevin Garvey, le jeu de sourcils en moins. Je sais, c'est un joyeux bordel, et y chercher du sens ne ferait qu'empirer les choses. Il n'empêche, c'est ça ma vie, c'est mon chaos personnel. Il n'empêche qu'au milieu de tout ça, de cette frustration (celle que je vis au quotidien tout comme celle que je vis en regardant la série), d'un coup, je me sens moins seul. Il n'empêche que ces personnages parviennent à me toucher dans leur détresse silencieuse comme beaucoup ne parviendront jamais à le faire en la criant. Il n'empêche que "The Leftovers", même si ça n'a l'air d'avoir aucun sens, même si pour certains, ça pue la prétention, que c'est chiant, lourd, ou que sais-je encore… Il n'empêche que c'est beau. Et pour quiconque ayant un jour dans sa vie connu une situation telle que je l'ai décrite plus haut, tout fera sens. Comme par magie. Son seul défaut sera qu'un bon magicien ne révèle jamais ses tours. C'est pour ça que je ne vous expliquerai jamais en quoi "The Leftovers" est une si bonne série. Ou peut-être est-ce tout simplement parce que je l'ignore ? Allez savoir.