X-MenDOFPS'il y a une franchise qui représente les super-héros au cinéma mieux que quiconque, c'est bien "X-Men". D'abord parce que si le film de Bryan Singer, sorti en 2000, n'avait pas marché, nous n'aurions pas connu l'avènement (du moins pas aussi rapide) du genre que nous avons vécu ces 14 dernières années, et ensuite parce qu'elle montre très clairement que la place d'un réalisateur/auteur ayant un réel point de vue est une chose primordiale pour la réussite de l'œuvre.
Car "X-Men", c'est d'abord deux bons films signés Singer, suivis de deux produits sans âme par des yes man serviles. Et comme n'importe quelle autre saga, on se dit que c'est foutu, et l'espoir n'est plus permis. Mais ça, c'était jusqu'à ce que Bryan Singer revienne aux manettes, signant le traitement de l'histoire de ce que sera l'excellent (et retour en grâce de la franchise) "X-Men: First Class", préquelle réalisée par Matthew Vaughn, et repassant derrière la caméra pour ce "Days of Future Past", réunissant le casting de la trilogie d'origine avec celui des préquelles. On appelle ça boucler la boucle !
(Vous noterez que j'oublie volontairement "The Wolverine" de James Mangold, car si il est loin d'être nul, il reste particulièrement anecdotique, et sans grand intérêt.)

L'autre point fort de "X-Men" tient dans sa pérennité. Cette franchise prouve que l'on peut tenir une histoire/saga sans se voir forcé de rebooter la chose pour x raisons, généralement mercantiles. 14 ans que cela dure, et ce n'est pas prêt de s'arrêter (la suite de ce "Days of Future Past" (DOFP pour les intimes) étant prévue pour 2016, et répondant au doux nom de "Apocalypse").
Pas de reboot ? Oui et non. Car en dehors de quelques clin d'œil, on pouvait noter de petites incohérences entre "First Class" et la trilogie d'origine. Alors simple préquelle ou reboot ? Et bien Bryan Singer répond à la question grâce à "Days of Future Past" en créant une forme de semi-reboot laissant exister les autres films de la franchise (en dire plus serait hautement spoiler), tout en s'assurant la plus grande ouverture possible quant à la suite (en annihilant toutefois la majorité des conneries que nous ont fait subir Brett Ratner et Gavin Hood). En fait, Singer crée un pont reliant tout à travers Wolverine. À ce titre, le clin d'œil à "Star Trek" est on ne peut plus évident, puisque c'est exactement la même chose qu'avait faite JJ Abrams en 2009.

Avec "Days of Future Past", Bryan Singer fait amende honorable. Il s'excuse d'avoir abandonné le navire, et d'avoir laissé des gens incompétents poser leurs sales pattes sur sa franchise, cassant ainsi son jouet. Il répare du mieux qu'il peut, et la note d'intention est donnée dès l'ouverture alors que la fanfare Twentieth Century Fox laisse retentir le thème original des X-Men signé Michael Kamen 14 ans plus tôt. Très vite, il enchaîne par une séquence d'action monumentale où il peut se vanter d'avoir utilisé et uni les pouvoirs de ses personnages de la manière la plus fun et inventive depuis "The Incredibles" du génial Brad Bird, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas la moitié d'un compliment.
C'est ainsi qu'en moins de dix minutes, Bryan Singer rassure les sceptiques : si "X-Men: Days of Future Past" n'est pas le meilleur épisode de la franchise (même si je pense qu'il l'est, mais ça ne sera confirmé qu'après une seconde vision), il en est tout proche. À Singer de continuer tout le long du métrage à montrer l'étendue des pouvoirs de ses mutants, que ce soit dans le final avec un Magneto plus puissant que jamais, ou bien LA séquence du film avec Quicksilver, probablement l'une des démonstrations de pouvoir les plus funs vues en salles depuis longtemps. Bryan Singer parvient à créer ici une sensation de vitesse comme jamais vu auparavant (en fait, depuis... "The Incredibles" !), et gère parfaitement les ralentis pour offrir au personnage le moment de gloire qu'il mérite. C'est donc avec un immense bonheur qu'on le retrouvera dans le prochain volet !

Évidemment, ça ne s'arrête pas là ! Si le spectaculaire est bien présent, Singer n'en oublie pas l'émotion, et continue de creuser la relation entre Xavier et Erik démarrée dans l'épisode précédent, n'oubliant jamais d'inclure Raven/Mystique, et sa place prépondérante dans le récit. Le truc, c'est qu'avec le temps (14 ans je rappelle), on s'est attaché à ces personnages, que ce soit l'incarnation première (Patrick Stewart et Ian McKellen, toujours fantastiques) ou la jeune (James McAvoy et Michael Fassbender, sublimes), l'attachement émotionnel est là. Ils ne sont pas simplement en train d'incarner ces personnages, ils sont ces personnages. Comme Bryan Singer croyait et croit toujours en son histoire de mutants, eux croient en ce qu'ils jouent. Ce rapport qu'ils entretiennent avec l'histoire et les personnages joue pour beaucoup dans la réussite des films.

Loin d'être parfait, Singer laissant quelques questions en suspens (comment le Xavier du futur est-il parvenu à recréer son corps, ou encore comment Wolverine a récupéré ses griffes en adamantium qu'il avait perdues à la fin de "The Wolverine"), "X-Men: Days of Future Past" parvient toutefois à éviter l'erreur commise par Brett Ratner et Gavin Hood dans l'abondance de mutants à l'écran. Si eux s'y sont cassé les dents, Singer gère leur temps de présence à l'écran avec parcimonie, et ne les utilise qu'à travers leur fonction. Ils ne sont pas là pour une démonstration de pouvoir inutile, ils sont là car ils ont une utilité dans le récit !
Pour ce genre de détails, on ferme aisément les yeux sur quelques défauts mineurs. C'est la force des bons films, nous faire oublier un ou des élément(s) pouvant poser problème lorsque l'on n'est pas capable de gérer son histoire. Bryan Singer vient rappeler qui est le patron, et après l'effroyable "Jack the Giant Slayer", on espère qu'il n'abandonnera plus sa saga.

Vous l'aurez compris, "X-Men: Days of Future Past" est non seulement un immanquable de l'été, mais aussi de l'année tout court ! Il ne nous reste plus qu'à patienter deux ans pour retrouver les X-Men faire face à Apocalypse, tandis que dans les salles de cinéma, ils seront rejoints par Batman, Superman ou encore Captain America. Étrangement, le fan de DC Comics que je suis a l'impression d'avoir changé de bord...

"Are we destined to destroy each other, or can we change each other and unite?"