555062_473409756062312_1699027576_nAllez ! Faites remarcher vos machines à rêves ! Le Malzieu nouveau est arrivé !

"Le plus petit baiser jamais recensé", c'est l'histoire d'amour entre une fille qui disparaît quand on l'embrasse et un inventeur-dépressif. Et alors qu'ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise. Aidé d'un détective à la retraite et d'un perroquet hors du commun, l'inventeur va tout faire pour la retrouver…

J'appelle ça un pitch à la Malzieu. Car il y a quelque chose qui tient de la folie chez ce garçon. Une folie douce. Un truc qui donne envie d'aller voir ce qu'il se passe dans son thorax. Car Mathias Malzieu n'écrit pas avec son cerveau. Ce qu'il se passe dans sa tête n'a pas d'importance. C'est son cœur qu'il met noir sur blanc.

Malzieu écrit simple et efficace. Pas de fioritures. Ses phrases sont courtes, ses chapitres aussi. On sent l'auteur de chanson. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j'apprécie tant ses romans, moi homme d'images, bercé au cinéma qui n'a jamais été cultivé par la littérature ? Et qui pourtant, a lu chacun de ses romans deux fois. Avec le même plaisir. Sinon plus.
Ou alors est-ce dû au fait que Malzieu me touche au cœur comme aucun autre n'y parvient ? Car avec lui, on déguste une page pour tourner celle-ci avec délectation sachant que la suivante contiendra elle aussi une idée absolument géniale qui fout le sourire aux lèvres. De page en page, Malzieu donne l'impression qu'il nous fait entrer dans la tête d'un enfant capable de s'émerveiller devant tout, jamais lassé, jamais cynique. Il y a mille et une choses qui se baladent dans cette tête, de la plus absurde à la plus émouvante. En fait, Mathias Malzieu n'est pas un auteur. C'est un retranscipteur de rêve humain. Un Dreamoscope dans toute sa splendeur.

Véritables contes oniriques (tendance érotique), Malzieu quitte cette fois ses freaks pour s'intéresser à une histoire quelque peu plus lumineuse, ou la sensation de spleen ne se fait plus sentir. Un homme amoureux prêt a tout pour redécouvrir le goût d'un baiser accompagné de personnages hauts en couleur. Drôle, constamment inventif et qui donne envie de tomber amoureux (ou manger du chocolat, au choix), on ne peut s'empêcher de ressentir qu'il s'agit là d'une nouvelle étape pour Malzieu, et qu'après "Métamorphose en bord de ciel", il passe à quelque chose de différent, restant toutefois toujours fidèle à ce qui fait sa force et le rend si unique dans le paysage musical comme littéraire.
Une sorte de nouveau départ qui, comme c'était le cas pour "Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" et la mort de sa mère, part sur des bases très personnelles. Ainsi, Malzieu livre l'histoire de cet homme au trou d'obus à la place du cœur. Le parallèle avec sa vie est évident, mais jamais nombriliste, car il en fait un poème, une ode à l'amour.

L'autre aspect unique chez Malzieu, c'est qu'il crée également une association entre ses romans, chansons et concerts. Ainsi, plus que n'importe quel autre auteur, il peut se permettre de donner vie à ses personnages (les chansons thème de ceux-ci) ou idées les plus farfelues (l'orgasmophone). En fait, Malzieu, c'est un cynico-test à lui tout seul. Un peu comme ce qu'avait fait Steven Spielberg avec son superbe "War Horse". C'est tellement facile à prendre de haut, de se moquer, de pointer du doigt la naïveté du propos. Mais ce que les gens qui feront ça ne comprennent pas et ne comprendront jamais, c'est que l'âge n'a pas d'importance quand il s'agit du rêve. Ces œuvres ont cela en commun: oui, elles sont naïves, mais jamais dans le sens péjoratif du terme. Lorsque l'on a les larmes aux yeux face à un jeune garçon qui laboure un champ à l'aide de son cheval ou que l'on trouve adorable l'idée qu'un type puisse entrer par effraction chez la femme invisible qu'il aime dans le but de lui voler sa salive (dans le genre creepy stalker, Malzieu a placé la barre très haut !), c'est qu'on est encore capable d'être émerveillé. De croire en des histoires improbables. Tout cela va au-delà de la suspension d'incrédulité. C'est à la frontière d'un acte de foi. Je crois en mes rêves comme je crois en un quelconque Dieu.

Si Mathias Malzieu m'a apporté quelque chose, c'est ça. Une capsule d'oxygène lorsque j'ai la tête sous l'eau. Un bref moment de répit, de bonheur, de jouissance. Lire ou écouter Mathias Malzieu, c'est pénétrer un univers unique et particulier. Ça peut être triste comme toujours ouvert sur la réalité, mais à chaque fois, il y a quelque chose de plus. Comme une échappatoire à ce monde ("Le labyrinthe de Pan" de Guillermo Del Toro, bonjour !). Quelque chose qui, inexplicablement, te fait te sentir bien.

Un jour, j'ai rencontré Mathias et je lui ai dit ça. Dans ses yeux, j'ai lu qu'il avait été touché. Que ce soit vrai ou non, ça n'a pas d'importance, car j'ai décidé d'en faire ma vérité. Comme Giant Jack est réel. Comme Little Jack a vécu avec une horloge à la place du cœur. Comme Tom Cloudman s'est changé en oiseau…

"Quand j'étais petit, j'étais un Jedi." Ce n'est pas étonnant qu'il n'ait pas beaucoup grandi quand on y pense, car aujourd'hui, Mathias Malzieu est mon héros, mon Giant Jack à moi.