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Sept ans depuis le déjà formidable (et probable meilleur film de la décennie '00 aux côtés du 'Labyrinthe de Pan' de Guillermo Del Toro) 'Children of Men' qu'on l'attendait. Le nouveau film d'Alfonso Cuarón. Une très longue attente due à une mise en place de moyens techniques continuant de nous mener vers le cinéma de demain, créant ainsi une œuvre unique en son genre, quelque chose de jamais vu. Ce film est 'Gravity'. Une expérience sensorielle qui va au-delà de toutes nos espérances. Le genre (rare) de film qui se vit plus qu'il ne se raconte.

Il n'y a pas de mot pour décrire 'Gravity'. Après tout, comment décrire quelque chose qu'on ne s'explique pas soi-même ? Parfois, il faut savoir faire preuve d'humilité et admettre qu'une œuvre peut être plus grande que nous ne le serons jamais, qu'elle est plus intelligente et mature que nous ne pourrions rêver l'être. 'Gravity', c'est comme lever les yeux au ciel et tenter de toucher les étoiles. Car au-delà de la technique (parfaite), c'est à une œuvre d'une beauté pure débordant d'émotion que l'on a à faire. L'immersion y est totale au point de nous faire oublier la notion du temps. On ne voit pas celui-ci passer car on n'y pense plus. 'Gravity' est une œuvre qui me fait ressentir quelque chose de si fort que je ne peux plus me souvenir de la dernière fois où j'ai vécu quelque chose de similaire. Une œuvre qui prend aux tripes pour ne jamais plus te lâcher, même une fois sorti de la salle de cinéma. Cette angoisse quasi constante que l'on vit aux côtés de Ryan Stone (magnifique Sandra Bullock), et atteignant son paroxysme dans un dernier quart d'heure absolument parfait, relève du jamais vu à tel point qu'elle nous accompagne une fois le film terminé. C'est bien simple : à la sortie, je ne sentais plus mes jambes. Vraiment. J'avais du mal à enchaîner deux pas. Et ça, c'est la première fois que ça m'arrive.

Cuarón transcende toutes mes attentes comme il transcende le simple aspect technique de son film (déjà une prouesse en soi). Comme il transcende le concept de survival. Comme il transcende l'hyperréalisme voulu pour le film. Avec 'Gravity', il livre une œuvre qui touche au cœur tout autant qu'elle nous fait réfléchir. D'une logique et d'une cohérence rare, allant du plan en position fœtale jusqu'à ce final Darwinien (et bouleversant) sous forme de renaissance, 'Gravity' a tout sauf un scénario simpliste comme peuvent le penser certains. Il s'agit d'une réflexion humaniste qui ne passe qu'à travers l'image, le symbole, le tout sans discours asséné à coup de marteau. Du cinéma de l'évocation pur, demandant un minimum d'attention de la part du spectateur pour ainsi en découvrir toutes ses richesses. Mais même ça, Cuarón le transcende. Car jamais 'Gravity' n'est une œuvre opaque réservée uniquement à une niche de cinéphiles. Le film est doté d'une âme, celle que livre Sandra Bullock à travers son personnage.
À ce titre, le recours au cinéma virtuel permet une liberté de mouvement de caméra hors du commun. Celle-ci est constamment en mouvement et ne se pose que lorsque Ryan Stone l'est également. Nous sommes au plus près des corps, et vivons cette aventure à travers ses yeux à elle, sa respiration, et même son rythme cardiaque. Quoi de plus normal pour un film en quasi temps réel ayant recours à un nombre d'ellipses se comptant sur les doigts d'une main !

'Gravity' est une œuvre qui prend aux tripes comme jamais. Une date dans l'histoire du cinéma. Non, ce n'est pas un chef d'œuvre. Ça va bien au-delà.