Ami lecteur, sache que si tu aimes le foot, ce billet n'est pas fait pour toi. Le mieux serait donc que tu cesses ta lecture au plus vite, sans quoi tu pourrais avoir la bêtise de perdre ton temps et ainsi vouloir m'insulter. Dans ce cas de figure, pardonne-moi ma franchise, mais tu es un con. Par contre, si ton voisin est un peu plus intelligent, lui, comprendra que je ne mets pas tout le monde dans le même panier. Non, ce billet ne parle pas de tous les supporters de foot, mais d'une (malheureusement) très grande partie. Le genre à être avachi dans son canapé en portant son vieux survêtement qui pue la transpiration, et surtout à en être déjà à sa quatrième bière comme chaque dimanche matin en regardant "Téléfoot" suivi de "Auto-Moto". Ou peut-être est-ce l'inverse, je te l'avoue, je n'en sais rien. Moi, j'aime la culture, pas la beauferie. Je vais donc t'expliquer quelques petites choses que tu pourras utiliser par la suite pour briller en société. Ne me remercie pas, ça me fait plaisir d'être condescendant.

Vous l'aurez donc bien compris (enfin, je l'espère), aujourd'hui, je vais vous parler de foot. Mais pas le vrai. Pas de football. Non. Ce qui se fait appeler "soccer" de l'autre côté de l'Atlantique. Un nom étrangement très proche de "sucker" ; comme quoi, y a pas de secret. Car le football, le vrai, est un sport digne. Un sport fait de respect. Pour les hommes, par les hommes. Même les filles y sont plus viriles qu'un joueur de soccer. Un blessé sur le terrain ? Tout le monde, du joueur au supporter, fera preuve d'intelligence en cessant toute activité, créant un silence parfait dans le stade. Un joueur a le visage à moitié en sang ? Pas de problème ! Il continue de jouer. Par contre, dans le soccer, c'est une autre histoire. Comment montrer une forme de respect à un joueur blessé se roulant par terre en se tenant le tibia droit et en pleurant sa mère alors qu'il a peine été touché par un tacle… à sa jambe gauche. Et quand bien même ce serait la droite, le coup est si peu violent que ça n'en mérite pas tant. Une belle bande de drama queen ces footeux ! Non, il n'y a aucune dignité chez ces gens, mais je ne suis pas ici pour te dire en quoi le foot est un sport de merde.
C'est sûr, même une partie de curling est plus palpitante à regarder. Le terrain est trop grand, y a trop de joueurs sur celui-ci, il ne se passe quasiment rien pendant 90 (très longues) minutes, et c'est le seul sport au monde qui peut se terminer par un 0-0. On appelle ça un "match nul". Cela se passe de commentaire, n'est-ce pas ? Et je ne vais certainement pas m'étendre sur la règle la plus débile de l'histoire de l'humanité, à savoir le "hors-jeu", ce truc qui fait qu'il pourrait enfin se passer quelque chose d'intéressant, mais qui, au final, est annulé. Parce que ça ne serait pas drôle de voir des buts. Non. Au foot/soccer, on parle "d'occasion". Jamais d'action bien réelle. C'en est presque triste, mais qu'importe, je ne suis pas là pour t'expliquer cela.

Non, aujourd'hui, je veux surtout revenir sur un événement en particulier. Je suis Belge. Aucune fierté là-dedans, ma mère ayant décidé de me chier là où elle était, je n'ai pas vraiment eu mon mot à dire. Soit. Mais le fait est que mon équipe de foot nationale s'est vue qualifiée pour participer à la Coupe du Monde au Brésil. Cet événement entraînant une réaction en masse de "ON VA AU BRÉSIL !!!" nonsensique puisqu'ils resteront le cul posé dans le canapé. Non bonhomme : tu ne vas pas au Brésil, eux y vont. Tout comme il n'y a pas de "on a gagné" qui tienne. Tu n'étais pas sur le terrain, tu n'as donc rien gagné du tout. C'est un fait. Le connard qui est payé en lingot d'or pour poser son cul sur le banc de touche peut se permettre de le dire, même s'il n'a rien fait. Toi non. C'est injuste, je le sais, mais c'est ainsi. Ne t'en prends pas à moi, ami lecteur et fan de foot, je n'invente pas les règles… qui ont plus de sens que celles du hors-jeu. Mais ne revenons pas là-dessus.
Bref. L'équipe est qualifiée. Les "Diables Rouges" comme on les appelle (sérieusement, y avait pas plus con comme nom le jour de la distribution ?) met en joie un pays entier paraît-il. Nous sommes tous fans des Diables qu'on dit dans la presse. Même moi ? Je suis plus touché par la mort d'Émile Louis (RIP mon pote, je t'aime, kiss, toussa) que par un paquet de mecs dont l'addition du QI ne dépasse pas ma température anale. Et tu penses vraiment, monsieur le journaliste, que tu peux englober un pays entier dans ton papier de merde ? J'aime pas être grossier (sinon, ça se saurait), mais va te faire enculer, fils de pute. Tu te prétends journaliste, mais tu es incapable de faire ton boulot correctement. Normal, et c'est pour ça que je m'adresse directement à toi : tu fais partie de la catégorie du fan de foot un peu beauf sur les bords qui n'a aucune intelligence. Alors laisse-moi m'en occuper, veux-tu ?

Il existe une autre catégorie. Celle qui ne sera jamais citée par un journaliste. Pourquoi? Je n'ai malheureusement pas la réponse, mais ce ne serait pas la première fois que ceux-ci ne font pas leur boulot, en France, comme en Belgique et dans le reste du monde. Le syndrome "La vie d'Adèle", alias "morve au nez". On évite de gâcher la fête. Vive notre pays, vive nous, et si tu oses poser la moindre question, on s'assurera que tu ne sois pas écouté. Parce que, d'une certaine manière, ami journaliste, tu fais partie de cette catégorie. Le chauvin. La pire catégorie qui soit. Car oui, cher ami fan de foot : si tu ne regardes que les matchs de ton pays, tu n'es pas un supporter. Tu suis une mouvance. Tu n'es rien de plus qu'un mouton décérébré formaté au chauvinisme. Le pire dans tout ça, c'est que lorsque ton équipe que tu aimes tant aura perdu, tu les abandonneras comme des merdes pour ensuite leur cracher à la gueule. Ah ! il est beau mon pays. J'aimerais tellement être aussi hypocritement con que toi. Mais je ne peux m'y résoudre. J'aime penser. J'aime ma liberté. Et putain, que je me sens seul.
Alors où est la sincérité dans tout ça ? "Dans ton cul" me répondra un petit malin, et j'apprécie la blague. Mais soyons un peu plus sérieux. Où est-elle ? Ce soir, quand ton pays se qualifie pour un simple jeu (car c'est bien de cela et uniquement de cela dont il s'agit : un jeu !), tu te dis "fier d'être Belge". Tout ça parce que onze idiots ont couru après un ballon. C'est la réalité dans laquelle nous vivons. Et là, c'est une tristesse infinie qui s'empare de moi. Oui, je suis un doux rêveur, et le monde auquel je crois n'existera jamais. Tant pis. "Show must go on" comme on dit.

Alors allons-y. Divertissons le bon peuple. La traduction ici serait de dire que je vais continuer à évoquer mon sujet, mais en oubliant le premier degré, l'intégrité intellectuelle, et tout le bordel. Amusons-nous. Mais uniquement aux dépens des autres. Le supporter est une bonne cible, non ? Bien. Je ne vais donc pas m'en priver.
Depuis combien d'années le foot passe-t-il à la télé ? Je ne vais pas trop m'avancer et répondre d'un simple "des décennies". Pour l'idiot du fond, une décennie, c'est dix ans. Dix, c'est le chiffre là : 10. Je peux continuer ? Merci. Dix ans donc. Multiplié par x (bon, là, c'est une figure mathématique, j'ai vraiment pas le temps de tout t'expliquer. Demande à quelqu'un, et fais pas chier). Depuis tout ce temps, on pourrait supposer que le supporter sait plus ou moins comment va se dérouler un match, non ? 45 minutes marquant la fin de la première partie du jeu, amenant ainsi vers un truc qui s'appelle "la pub" avant la reprise de la seconde partie. Le footeux, il sait ça, parce que c'est le moment où il cesse de gratter ses couilles dégueulasses enveloppées dans son survêtement puant, et lève son gros cul du canapé pour aller chercher un nouveau pack de Jupiler dans le frigo. Mais il arrive parfois qu'un petit dérèglement gêne le footeux. J'en viens d'ailleurs à penser que s'il ne se grattait pas le cul fréquemment, il aurait tendance à oublier où se trouve son anus, se chiant ainsi dessus de manière assez régulière. Ce dérèglement, dans mon exemple, s'appelle Stromae. Tu sais, le type là qui ressemble à un pantin désarticulé, ne sait pas s'habiller, ne sait pas chanter, ne sait pas faire de la musique, ne sait pas écrire un texte, mais on s'en branle, c'est le nouveau Jaques Brel (oh putain, j'ai vomi). Et bien Stromae, il sera présent au stade à la mi-temps. Et même qu'il va chanter. Du coup, le footeux, il veut le voir son Stromae adoré faire semblant d'être bourré pour la 10 000ème fois (cette originalité, quel génie !) en reprenant son insupportable "Formidable". Et là, un drame survient : comme depuis des décennies… il y a une coupure publicitaire. Oh putain ! Branle-bas de combat ! Le monde s'insurge ! Comment ont-ils osé faire ce qu'ils ont toujours fait ? Je dois vous avouer qu'à titre personnel, je ne l'avais pas vue venir celle-là. J'ai vraiment été pris de court. (C'est drôle parce que je ne regarde pas le foot, et je fais du sarcasme – et que c'est plus facile à expliquer que le "x" dans les maths.)
Ami footeux, si t'es vraiment en colère d'avoir raté Stromae, il te suffisait d'aller au stade. Ainsi, tu l'aurais vu en vrai. Dingue, non ? Ou alors, tu vas le voir en concert. Mais non, tu as téléchargé illégalement son dernier album (tout naze, mais là n'est pas la question), prouvant de ce fait que tu n'es pas prêt à débourser la moindre thune pour sa gueule de "garçon de couleur bien intégré". Donc, tu t'offusques à ton petit niveau. Tu fais un statut Facebook avec une dizaine de points d'exclamation pour bien faire passer ton message. Eh, tu sais quoi ? On s'en fout.

"Un garçon de couleur bien intégré." L'autre événement de ce même match. Ils s'y sont mis à deux pour compléter cette phrase. Sont-ils racistes ? Qu'importe. Le propos, lui, il l'est. Un seul des deux commentateurs s'en est pris plein la gueule pour cette phrase malencontreuse. On aurait pu éviter un drame, et ainsi éviter ce paragraphe. Mais non. Faisons donc le point : admettre qu'un propos est raciste n'est pas admettre qu'on est raciste. Le dérapage verbal, ça existe. Ça peut arriver à tout le monde. Mais voilà qu'au lieu d'admettre ce simple fait, notre Monsieur Foot part totalement en vrille et se défend corps et âme : "Ah bah j'peux pas être raciste moi ! Regarde, j'ai fait une photo avec un noir !" Telle fut la défense. Véridique. Vous comprenez que je ne pouvais pas laisser passer ça ? Et puis c'est tellement plus drôle qu'un simple et déjà vu "je ne suis pas raciste, j'ai un ami noir". Rien que pour ça, cette curée méritait d'exister, prouvant ainsi le niveau de connerie qui entoure le foot. Merci l'intégration j'imagine. Après tout, on parle d'un sport où l'on voit des supporters pousser des cris de singes lorsqu'un noir entre sur le terrain. Mais non. Le foot, c'est le respect et la dignité. C'est un beau sport…

J'en viens donc à un troisième et dernier événement quant à ce match précis. Quelque chose qui fonctionne en réalité pour n'importe quel match de n'importe quelle équipe. La Belgique n'aurait pas très bien joué. Le chauvinisme a-t-il atteint ici sa limite ? Pas encore, ils n'ont pas perdu. Bon. On attendra la Coupe du Monde pour ça. Mais le fait est là : ils n'ont pas bien joué. Un petit côté je-m'en-foutiste puisqu'il s'agissait d'un match amical. Quelque chose "sans importance" nous diront certains, tentant d'expliquer les raisons d'un jeu sans intérêt. J'entends l'argument, mais les joueurs étaient bel et bien payés, non ? Dans ce cas, vu l'immensité de leur salaire, ne serait-il pas normal de se donner à fond à chaque occasion ? D'assurer un minimum le spectacle ? Forcément, avec des fans qui aiment Le Grand Jojo (tu m'étonnes qu'ils aiment Stromae du coup !), il n'y a aucune remise en question.
"On est beauf et on le restera. Pourquoi penser par soi-même quand la pensée unique est ce qui nous réunit ? Plus on est de cons, moins on ne se rend compte qu'on l'est. C'est d'une logique implacable. Alors on prépare un casier de Jupiler, on enfile son plus beau survêtement, on se badigeonne la gueule aux couleurs de son pays, et on gueule sur l'arbitre qui ne fait que suivre des règles débiles. On encense Zidane et fait de lui un Dieu alors que c'est un voyou sur un terrain qui frappe un joueur, pour ensuite pointer du doigt la violence du football (le vrai). On voit Franck Ribéry comme un héros ("je crois qu'on espère qu'on va gagner", priceless) alors qu'il baise des putes (ça n'est pas le problème, j'aime les prostituées) mineures (ça, c'est un problème). On n'a pas de valeurs, on ferme les yeux sur le racisme, on accepte tout sans se poser la moindre question. On est des sous-merdes, mais ça n'a pas d'importance : nous sommes le plus grand nombre. Nous sommes des supporters de foot."

Alors camarade footeux, tu me pardonneras de m'en être pris à toi, mais tu parviens à atteindre les limites de ma tolérance à la connerie de manière tellement fulgurante que je ne pouvais faire autrement. Ainsi, je conclurai le plus simplement du monde en reprenant mot à mot Bertrand Cantat : si nous sommes embarqués sur la même planète, on n'est décidément pas du même monde !